Vous posez un cordon, tout se passe bien, et d’un coup le bain s’ouvre et laisse un trou net au milieu de la tôle. C’est la mésaventure la plus fréquente en atelier, et elle touche autant les débutants que les gens qui soudent depuis des années sur du plus épais.
Si vous faites des trous quand vous soudez, c’est presque toujours que la pièce reçoit plus d’énergie qu’elle ne peut en évacuer. Deux réglages en sont responsables, l’ampérage et la vitesse d’avance. Je vous donne les six causes réelles, le signe qui trahit chacune, et la façon de reboucher un trou déjà fait.
Un trou, c’est un problème d’énergie, pas de matériel
Ce qui perce une tôle, ce n’est pas la puissance de votre poste, c’est l’énergie déposée par centimètre de cordon. Elle dépend de trois choses, l’intensité, la tension de l’arc et surtout le temps que vous passez au même endroit. Ralentir revient exactement à monter l’ampérage.
En face, la tôle n’a qu’un moyen de s’en sortir, évacuer cette chaleur dans sa propre masse. Plus elle est fine, moins elle a de matière pour le faire. Une pièce de 1 millimètre atteint la fusion en une fraction de seconde, là où du 5 millimètres encaisse largement.
Tout le métier tient dans cet équilibre. Un poste réglé pour du 4 millimètres percera systématiquement du 1,5 millimètre, quelle que soit votre technique. C’est aussi pour cela que je répète que l’ampérage utile compte plus que le chiffre affiché sur le carton.

Les six causes, et le signe qui trahit chacune
Chaque cause laisse un indice différent. Le moment où le trou apparaît, et l’endroit où il se forme, suffisent presque toujours à identifier le coupable sans tâtonner.
| Cause | Ce qui la trahit | La correction |
|---|---|---|
| Ampérage trop élevé | Ça perce dès l’amorçage | Baisser par paliers de 10 % |
| Avance trop lente | Le bain grossit sous vos yeux | Accélérer, ou souder par points |
| Électrode ou fil trop gros | Cratère large au premier point | Descendre d’un diamètre |
| Jeu entre les pièces | Le trou se forme pile dans l’écart | Accoster bord à bord |
| Vous soudez sur un bord | Ça troue au bord, jamais au centre | Support cuivre, ou partir du plein |
| Pièce déjà montée en température | Les premiers cordons passaient bien | Alterner les zones et laisser refroidir |
Les deux dernières lignes expliquent la majorité des trous chez les gens qui savent déjà souder. On règle sur une pièce froide, tout se passe bien, puis la chaleur s’accumule cordon après cordon et le même réglage devient trop chaud sans qu’on ait touché à quoi que ce soit.
Régler son poste pour l’épaisseur réelle
Le repère de base tient en une règle simple sur l’acier, comptez environ 30 à 35 ampères par millimètre d’épaisseur. Une tôle de 2 millimètres se soude donc vers 60 à 70 ampères, et une de 1 millimètre demande de descendre autour de 35, ce que beaucoup de postes d’entrée de gamme atteignent mal.
Le diamètre de l’électrode compte tout autant. Une baguette de 3,2 millimètres impose un minimum d’intensité pour s’amorcer correctement, et ce minimum perce déjà une tôle fine. Sur du 1,5 millimètre, descendez en 2 millimètres, voire 1,6, et le problème disparaît souvent tout seul.
En fil fourré ou en MIG, le raisonnement est identique avec le diamètre de fil et la vitesse de dévidage. Les postes à souder à électrode sont d’ailleurs les plus délicats sur tôle fine, parce que leur plage basse est rarement assez fine pour ce travail.

Une cause reste totalement absente des discussions, et elle explique les trous qui n’ont aucune logique apparente. En courant continu, le champ magnétique de l’arc se déforme quand la masse tire d’un seul côté, et l’arc se met à dévier. On appelle ça le soufflage magnétique.
Le symptôme ne trompe pas, l’arc part sur le côté ou souffle vers l’avant, surtout en fin de tôle et dans les angles. Il concentre alors toute son énergie au même endroit pendant que vous croyez avancer normalement, et le trou apparaît sans prévenir.
Trois parades marchent. Déplacer la pince de masse à l’opposé du sens de soudage, en poser deux de part et d’autre de la pièce, ou basculer en courant alternatif quand la machine le permet, car l’alternance annule le phénomène.
Profitez-en pour regarder cette pince de plus près. Serrée sur de la peinture, de la rouille ou de la calamine, elle crée une résistance qui déstabilise tout. Métal nu et contact franc, au plus près de la zone soudée, et la moitié des arcs capricieux se calment d’un coup.
Les techniques qui empêchent le perçage
Sur tôle fine, le cordon continu est votre ennemi. Il concentre l’énergie sur une ligne et la pièce n’a jamais le temps de rendre sa chaleur. La parade consiste à fractionner, en acceptant que le travail prenne un peu plus de temps.
- Soudez par points espacés, puis revenez combler les intervalles une fois la pièce redescendue en température.
- Alternez les extrémités, un point à gauche, le suivant à droite, jamais deux points côte à côte à la suite.
- Glissez une barre de cuivre derrière la tôle, elle pompe la chaleur et le bain ne colle pas dessus.
- Accostez les pièces sans le moindre jeu, un écart de 1 millimètre suffit à faire tomber le bain.
- Partez du plein de la tôle vers le bord, jamais l’inverse, le bord chauffe deux fois plus vite.
La barre de cuivre est le truc d’atelier qui change le plus de choses sur de la carrosserie ou de la tôle mince. Le cuivre conduit très bien la chaleur et l’acier fondu ne s’y accroche pas, ce qui vous donne un fond de bain propre au lieu d’un trou.
Comment reboucher un trou déjà fait
Le réflexe naturel est le pire de tous, insister au même endroit pour combler. L’arc trouve alors moins de matière à chaque passage et le trou s’agrandit en cercle. Il faut au contraire travailler depuis le bord froid.
Amorcez sur la tôle saine à côté du trou, déposez un point qui déborde légèrement sur le vide, puis coupez. Laissez refroidir quelques secondes, tournez d’un quart de tour et recommencez. Le trou se referme par accumulation depuis sa périphérie, et non par remplissage.
Au-delà de 1 centimètre de diamètre, arrêtez les frais. Découpez proprement au disque une forme régulière, taillez une pastille d’acier de la même épaisseur, ajustez-la sans jeu et soudez-la par points alternés. Le résultat est infiniment plus solide qu’un bouchon de métal d’apport.

Le procédé compte aussi
À épaisseur égale, tous les procédés ne pardonnent pas de la même façon. Sur de la tôle mince, l’écart entre les trois est énorme.
- L’électrode enrobée est la plus punitive. Elle exige une intensité minimale pour que l’arc reste stable, et elle chauffe largement autour du point d’impact.
- Le MIG descend beaucoup plus bas en énergie et autorise le pointage rapide, ce qui en fait le procédé de la carrosserie depuis toujours.
- Le TIG va encore plus loin dans la finesse, avec un contrôle à la pédale qui permet de couper net avant même que le bain ne commence à s’ouvrir.
Si vous débutez et que vous travaillez surtout du fin, orientez-vous vers un semi-automatique plutôt que vers une machine à électrode. Les postes à souder pour débutants les plus polyvalents sont d’ailleurs presque tous des postes à souder MIG.
Faire des trous en soudant : vos questions
Quel ampérage pour une tôle de 1 millimètre ?
Autour de 30 à 35 ampères sur de l’acier, avec une électrode de 1,6 ou 2 millimètres. Beaucoup de postes ne descendent pas assez bas ou deviennent instables dans cette plage, et c’est précisément là que les trous apparaissent.
Comment reboucher un trou déjà percé ?
En amorçant sur la tôle saine à côté et en déposant des points qui débordent sur le vide, en tournant autour du trou et en laissant refroidir entre chaque. N’insistez jamais au centre, l’arc mangerait le peu de matière restante.
Pourquoi ça troue toujours sur les bords ?
Parce qu’un bord n’a de la matière que d’un seul côté pour évacuer la chaleur. Il monte donc environ deux fois plus vite en température que le plein de la tôle. Partez toujours du plein vers le bord et réduisez l’intensité en approchant.
À quoi sert une barre de cuivre derrière la tôle ?
Elle absorbe la chaleur excédentaire et sert de fond au bain de fusion. L’acier fondu n’adhère pas au cuivre, donc la barre se retire sans effort et laisse une soudure pleine là où vous auriez eu un trou.
Faut-il souder en continu ou par points ?
Par points dès que l’épaisseur descend sous 2 millimètres. Le cordon continu accumule l’énergie sur une ligne sans laisser la pièce respirer. Alternez les extrémités et comblez les intervalles une fois la tôle refroidie.
Mon réglage marchait au début, pourquoi plus maintenant ?
Parce que la pièce s’est réchauffée. Un réglage juste sur du métal froid devient trop chaud après plusieurs cordons, la masse ne pouvant plus absorber l’énergie. Laissez refroidir ou baissez l’intensité au fur et à mesure du travail.
MarcoSoudeur d’atelier & fondateur
J’ai tiré des kilomètres de cordon à l’atelier, en MMA comme en MIG et en TIG. Un poste, ça se juge au facteur de marche, à l’amorçage et à ce qu’il encaisse vraiment sur l’acier épais, pas à la couleur du capot. Je compare ceux que je soude au quotidien et ceux que je décortique.
Mon parti pris : facteur de marche et amorçage avant tout. Un poste stable qui tient la charge vaut mieux qu’une fiche technique flatteuse.
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